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07.04.2008
Un Discours à la Nation… des commerçants
Le Président de la République a fait un discours à la Nation. Mais il serait plus logique de l’appeler « Discours à la Nation des commerçants. » Sa substance ne tient en fait qu'en quelques mots : « L’Etat va injecter de l’argent dans l’économie, 36 Milliards et 812 Millions.... Soyez prêts à les détourner de la façon la plus ordinaire qui soit : le vol, le dol, le transfert, l’influence, la répartition intra-mafia, le graissage des fonctionnaires, l’importation avec fausse facturation et à la hausse, l’achat dédouané et détaxé et la revente aux pays voisins … Bref, volez, que Dieu vous bénisse ».
Celui qui a rédigé le discours à la Nation du Président de la République devrait être traduit devant un tribunal populaire pour crime à venir contre le peuple. Car ce discours va avoir un effet des plus négatifs ; à savoir qu’il va « assagir » ceux qui étaient prêts à demander des réformes structurelles de la gestion des ressources publiques dilapidées et reporter à une échéance indéfinie la véritable solution de la crise économique en Mauritanie, dont la crise alimentaire n’est qu’un aspect.
En somme, un discours qui , en promettant de l’argent, va anesthésier le mouvement de fond des réformes. En effet, chaque fois que les dures réalités économiques font surface et que des mesures structurelles se doivent d’être prises du fait justement de la pression populaire, le gouvernement intervient, à travers justement ces discours, à solution tronquée à escient pour « apaiser »à son profit ce qui aurait bien pu faire changer les choses.
Cela peut simplement être décrit de la façon suivante : « Monsieur le Président, la vie est chère, le citoyen risque de se retourner contre nous, donnons lui quelque chose avant qu’il ne soit trop tard » Marie-Antoinette, les brioches en moins...
Et l’on propose au président un plan de financement pour relever la situation, mais en réalité, il ne s’agit que de mesures pour maintenir le peuple dans un semblant de croyance en une politique salvatrice dont le but véritable est en réalité de donner du temps à ceux qui prennent l’Etat en otage et leurs acolytes pour perdurer dans leurs activités. Et se mettre donc à l’abri de toute réforme structurelle qui permettrait de véritables solutions à la crise économique Mauritanienne.
Ce genre de discours et les promesses à but fortement conjoncturel et inefficient ne donneront rien de concret pour la solution de la crise. On ne remplit pas d’or le puits d’un assoiffé qui se meurt. Economiquement, ce plan de sauvetage va se retourner de façon négative à court terme à cause des constats suivants : Une mesure génératrice d'une inflation aggravante de la crise.
Le discours du Président : « Les volets urgents de ce programme seront rendus exécutoires dans l'immédiat et ce, en vertu d'un décret conformément à nos prérogatives constitutionnelles. Le coût global de ce nouveau programme se chiffre à 28 milliards cent millions d'ouguiyas, en plus de 8,712 milliards d'ouguiyas initialement prévus dans le cadre de loi de finance 2008. » Soit exactement 36 Milliards et 812 Millions d’ouguiyas seront injectés dans l’économie !
Mais comment peut-on injecter autant d’argent dans une économie en inflation galopante? Sans causer la pire des catastrophes futures ? C’est une forme de cécité politique ou de sabordage à escient de l’économie nationale ou ce qu’il en reste !
En effet, le taux d’inflation avoisinant les 7% en Mauritanie , accroître la masse monétaire en circulation va avoir deux conséquences :
- Détériorer encore davantage le pouvoir d’achat ;
- Entraîner une hausse vertigineuse des prix.
En effet, l’inflation étant due à l’augmentation du volume de la masse monétaire en circulation, plus il y a de monnaie plus les biens et services coûtent chers. Le pouvoir d'achat de la monnaie n’étant rien d’autre que la quantité de biens et de services que l’on peut de se procurer avec une unité monétaire, ici l’ouguiya. L'inflation étant la perte du pouvoir d'achat de la monnaie, elle va forcément se traduire par une augmentation générale et durable des prix.
En injectant ces 36 milliards, l’inflation va accuser des pics qui risquent de réduire tout effort de stabilisation des prix à court ou moyen terme. Un cercle vicieux va naître : financement–inflation-financement. La solution monétaire n’est envisageable qu'en inflation faible et lorsque des mécanismes d’ajustement de la masse monétaire sont pris pour faire face à une inflation suicidaire.
Or, aucune mesure d’accompagnement n’est prise ni annoncée. Si l’on pense que la parade à la crise alimentaire à venir c’est injecter de la monnaie dans le circuit économique (par l’achat de vivres, d’augmentation des salaires), on se trompe lourdement. Et les conséquences risquent d’être une inflation qui va tout absorber. Cette inflation risquant d’augmenter fortement, réduira la monnaie nationale en monnaie de singe et compromettra sérieusement toute solution pour l’avenir.
En effet, la solution du financement des vivres et denrées de première nécessité, outre la catastrophe qu’elle peut engendrer, se doit d’être écartée car elle risque d’être très vite contre-productive. En effet, les véritables solutions sont ailleurs. En effet, l’économie mauritanienne souffre de maux qui mettent un frein à toute volonté de la redresser.
Une économie dans une bulle spéculative:
L’économie mauritanienne est tenue par une poignée de commerçants–banquiers qui font la pluie et le beau temps. Ils entretiennent une économie de la spéculation sur les prix et sur les biens qui ne trouve nulle part ses limites. Dans cette sphère l’Etat est absolument absent. Ces commerçants, qui sont aussi souvent banquiers. Importent tout. Fixent les prix de tout. Et manipulent à leur guise le commerce en Mauritanie.
L’administration économique, financière et douanière chargée de l’encadrement et du contrôle de l’activité commerciale est défaillante sinon corrompue et joue le jeu de cette oligarchie commerçante qui a infesté tous les rouages du pouvoir. En Mauritanie, tous les produits mis en vente font l’objet d’une absence de contrôle (sinon de complaisance) et de surveillance laissant le pauvre citoyen à la merci de la spéculation.
Aussi avant toute mesure de financement, il convient que le chef de l’Etat prenne des mesures pour crever cette bulle spéculative et mettre au pas cette oligarchie qui mine l’économie nationale.
Pour cela :
- Mobiliser immédiatement l’administration du commerce, pour effectuer un réajustement immédiat des prix pratiqués en obligeant les commerçant à les ramener aux prix réels compte tenu de la valeur du bien ou du service. Les grossiste et importateurs mauritaniens se sont spécialisés dans la falsification des factures de produits importés et sur la surfacturation des produits qu’ils vendent au détaillant. L’administration du commerce se doit de procéder à des interventions d’envergure, immédiate, pour « auditer » tout le système de facturation des commerçants. Des mesures sévères et des sanctions exemplaires se doivent d’être prises contre les spéculateur, qui à outrance, détruisent l’économie.
- Mobiliser des équipes de contrôles sur tout le territoire pour enquêter et vérifier sur place la quantité des stocks et leur nature. En effet, la spéculation par les « stocks dormants » constitue l’une des activités les plus rentables des commerçants. On stock pour entrainer sur une certaine période une hausse des prix. On revend au prix fort en fin de période. Entrainant ainsi une cherté continue de la vie.
- Mettre a contribution l’administration du commerce à travers des mesures à effet immédiats pour briser l’entente entre les commerçants qui l’utilisent pour maintenir de façon soutenue et avec la complicité de lobbies sur place un niveau des prix intolérable et injustifié. En définitive briser la bulle spéculative dans laquelle les commerçants et leurs appuis financiers maintiennent l’économie des biens et services.
Il faut immédiatement une loi d’ordre public économique à application effective pour mettre à l’ordre et sanctionner cette oligarchie économico-politico-financière qui met à mal le pays et qui risque de le jeter dans les affres de la famine pour longtemps. L’inutilité du financement: il servira d’autres intérêts.
Nous avons la mémoire courte. Rappelons-nous. Il y a à peine quelques mois, la cherté de la vie était telle que les réactions populaires ont entraîné deux mesures :
- Exonération de salaires soumis de l’ITS (impôts sur traitements et salaires) ;
- Suppression des droits de douanes pour des produits de première nécessité;
- Et la banque centrale a baissé son taux directeur pour lutter contre la cherté de la vie Après toutes ces mesures ou en sommes nous trois mois après? Au point zéro.
Nous crions famine et la diète menace. Car quel a été l’effet de ces mesures ?
Pour la première:
La faible augmentation des salaires du fait de l’exonération de l’ITS a été très vite absorbée par l’inflation galopante. Et le Président vient d’annoncer une augmentation des salaires de 10%. On en connait, aujourd’hui, déjà le sort et l’inefficacité.
Pour la seconde:
La suppression des droits de douane sur les produits à l’importation n’a profité qu’aux grossistes commerçants qui importaient à tour de bras pour vendre par convois entiers de camions aux pays limitrophes (aux frais de l’Etat mauritaniens et du pauvre citoyen), profitant ainsi des gains sur l’exonération douanière. Ni les prix n’ont baissé , ni le citoyen n’en a profité. Pour la troisième mesure : Nous lui avons consacré, à ce moment là tout un article dans lequel nous dénoncions la baisse du taux directeur de la Banque centrale qui ne profitait qu’aux commerçants et les banquiers (souvent les mêmes personnes ) et jamais aux citoyens.
(voici le lien de l’article: haut-et-fort.blogspot.com/2007/10/qui-profite-la-baisse-d...)
En définitive, l’Etat se doit de venir au secours du citoyen mais c’est la façon économiquement raisonnée qui compte. travers le discours du Président de la République, il y a comme une ignorance réelle des paramètres macro-économiques (inflation galopante), économiques (spéculation commerciale), administratives (absence de contrôle des prix, de l’importation et de la concurrence), sociales (chômage structurel, absence de revenus distribués, pauvreté institutionnelle).
Or sans tenir compte de ces paramètres toutes les mesures annoncées dans ce discours seront sans effets.
- Les milliards qui seront immédiatement injectés vont accroître une inflation et réduire à néant le pouvoir d’achat.
- Les circuits commerciaux dans une entente sournoise vont très vite les canaliser à leur profit à outrance en spéculant sur toutes les denrées achetées. Aucune administration de contrôle , ni de surveillance ne leur est opposable et d’ailleurs ne joue le jeu.
- L’administration centrale et territoriale chargées de leur gestion et de leur convoiement se serviront à outrance. Aucun contrôle n’existant sur ces administrations pour vérifier leurs actes à la conformité de leur mission.
Quelle aurait pu être alors le véritable discours salvateur du président ? Le voici:
« Chères citoyennes, chers citoyens,
Considérant les difficultés économiques que vous vivez actuellement et pour leur trouver des solutions définitives et durables nous décidons, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés:
Premièrement:
La mise en place d’administration financière et de contrôle à laquelle seront confiés les pouvoirs et les moyens les plus étendus pour procéder dans les plus brefs délais à l’exécution d’un programme de lutte contre la spéculation commerciale et financière. Disposant de ce fait du droit de contrôle sur pièce et sur place auprès d’une liste exhaustive d’opérateurs économiques nationaux qui sera dressée dans les plus brefs délais.
Cette administration bénéficiera d’une immunité de droit et de fait sur l’ensemble de ses rapports avec les opérateurs considérés et avec les autorités centrales et territoriales. Un manuel de procédure de contrôle et une grille de sanctions sont en cours d’élaboration. Cette administration a compétence sur tous les aspects de l’activité économique , financière et commerciales des opérateurs susvisés.
Elle rend directement au président de la République et relève uniquement de lui. Ses membres sont directement nommés par le président de la république. Cette administration pourra recourir dans ces domaines à la collaboration avec des institutions et cabinets étrangers spécialisés pour réaliser sa mission.
Deuxièmement:
Un comité de personnalité reconnues et intègres, choisies par moi-même recevra mission de surveillance et de suivi d’un plan de financement à court et moyen termes des secteurs qui bénéficieront de l’aide consentie par l’Etat pour lutter contre la cherté de la vie. Ce comité proposera dans l’urgence, les mesures financières (montants, formes de décaissement, délais, lieu géographique …) les plus efficaces eu égard à la difficulté de financement dans un cadre d’inflation généralisé.
Troisièmement:
Déclarons la situation économique actuelle du pays de situation d’urgence nationale. Et dans ce cadre la législation sur les infractions économiques et financières, de législation d’ordre public que nous œuvrerons à appliquer avec rigueur en mettant à contribution toutes les administrations concernées avec la responsabilisation personnelle de tous leurs chefs d’administration quant à l’accomplissement de leur mission.
Enfin, dès aujourd’hui je déclare qu’aucune tolérance ne sera acceptée à l’égard des actes qui menacent l’ordre économique nationale et que tout acte financier, commercial et économique visant sciemment à aggraver la situation économique actuelle sera traité avec la plus grande sévérité. »
En conclusion, dirons nous , ce qui en définitive menace l’économie, ce n’est ni le manque de ressources, ni les moyens ; ce qui la menace c’est l’irresponsabilité de ceux qui à certains niveaux de l’Etat, du commerce, de la finance et de l’économie réduisent tout à leurs intérêts mercantiles , étouffant le citoyen et mettant à mal toute une nation.
Aussi, si la solution pour relever le niveau de vie du citoyen c’est injecter 36 Milliards d’ouguiyas , alors c’est une solution qui non seulement est dangereuse pour l’économie, mais qui ne profitera jamais à ceux auxquels elle est destinée. Suivez mon (triste) regard…
Pr ELY Mustapha
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